Impression de Montagne et d’eau de Te Wei (mardi 04 décembre 2018, 20h30)

Comme d’habitude, l’entrée coûte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilité d’acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L’entrée est gratuite pour les étudiant.e.s invité.e.s.

Et pour résumer :

Rendez-vous le mardi 04 décembre 2018, 20h30
en salle Dussane, au 45 rue d’Ulm
pour voir et revoir
Impression de Montagne et d’eau
de Te Wei

Proposition d’analyse

Présenter un programme de courts métrages dont on ignore une partie du contenu est malaisé ; et si l’auteur avoue son manque d’expertise sur la petite part qu’il connaît, le spectateur sera tenté de reposer cette feuille qui devait tromper son ennui, ou l’instruire, attendant le film. Si toutefois il décidait de lire plus avant, il devra endurer les réflexions qui conduisirent l’auteur à cette situation embarrassante : avoir recommandé, et maintenant, devoir défendre, du cinéma d’animation, lui qui ne tient pas cela pour du cinéma !

Tout d’abord, il s’agit de se comprendre. L’auteur ne tient pas les romans pour du théâtre, ni les statues pour les peintures, et cela ne l’empêche pas d’apprécier tout ce monde – différemment. Considérer que l’animation n’est pas du cinéma, ce n’est pas dire : “cela n’a pas de valeur,” mais, “ce n’est pas la même chose.” Ce qui sépare essentiellement le cinéma de l’animation est le rapport à l’image projeté ; l’un est un assemblage de morceaux d’image filmé, l’autre un dessin, une forme différente. La croyance attachée à une image filmée est bien plus forte, l’image a une valeur de témoin de vérité ; c’est son emploi paradoxal dans le cinéma de fiction, et plus paradoxal encore, dans le cinéma à trucs et fantastiques, sur lequel se fonde l’illusion du cinéma ; qui fait croire aux frères Lumière en voyant des Méliès. Notre rapport à un dessin est différent ; nous passons des aplats de couleurs ou de traits à leur signifiant, par un jeu de symbole et de langage. La stylisation n’est pas comprise non plus de la même manière, et les possibilités des deux supports sont différents. Aussi je ne crois pas médire de l’animation en disant : ce n’est pas du cinéma. Ce qui peut faire croire que je suis mauvaise langue (aux chanceux ne me connaissant pas), est la tendance du cinéma d’animation à singer les techniques du cinéma, par le montage et le cadrage. Cela n’a pas toujours été le cas, et il suffit de voir les films d’animations expérimentaux de la période muette pour s’en convaincre. Pour les long métrages d’animation moderne, cette reprise des codes du cinéma permet une lisibilité agréable, et le rapport au cinéma n’est pas servile.

Dans une partie des courts métrages que vous allez -probablement- découvrir ce soir, l’arrière plan est laissé blanc, non peint ; le cinéma a horreur du vide et doit combler par les décors tout l’écran. Les règles de la perspective se malmènent aussi mieux dans l’animation. Et finalement, le rapport avec l’image représenté change tant le paradigme qu’il est absurde d’essayer d’englober un art dans l’autre, de trouver un vainqueur, lorsque chacun lutte pour un trésor différent.

Un critère un peu naïf pour apprécier un film d’animation serait l’appréciation de la beauté d’un dessin (l’analogue pour le cinéma est aussi douteux) ; mais cette beauté n’en devient pas un tort, ou j’espère que vous apprécierez les mérites du lavis animé. Peut-être les vertus narratives forment un critère un peu plus satisfaisant ; et vous serez amenés à convenir que ces courts métrages, par leur simplicité, l’absence de dialogue, le déroulé tout visuel de l’histoire, n’en manquent pas. Poèmes imagés, leur rythme est musical, relie une partie au tout, nous entraîne de cordes pincées vers le fleuve, de branches feuillues à la lune dorée. Les beautés de l’Orient y racontent leurs histoires, de montagnes et de musique, celles qui firent rêver Hesse. Mais le critère qui fait plier toute critique et qui rompt tous nos savants schémas, toutes nos spéculations et nos grilles de lectures, qui nous force souvent à reconsidérer tous nos spécieux arguments inventés à postériori pour justifier nos goûts, est le charme que nous ressentons ; je vous souhaite d’en trouver ce soir autant que j’en ai eu.

Antoine Picard