Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman (mardi 31 janvier 2017, 20h30)

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Proposition d’analyse

Fanny et Alexandre retrace l’histoire de deux enfants issus d’une famille bourgeoise dans la Suède du début du XXe siècle. Le film s’ouvre sur le Noël haut en couleur de la famille Ekhdal. Mais le deuil succède bientôt aux réjouissances lorsque le père des enfants, directeur du théâtre local, décède. Sa veuve, Emelie, trouve du réconfort auprès d’un évêque luthérien, dont elle accepte la proposition de mariage malgré la vie austère qu’il lui propose de mener, loin du chaleureux foyer des Ekhdal. Malgré l’hostilité du jeune Alexandre envers le prétendant de sa mère, elle déménage à l’évêché avec ses deux enfants, où commence pour eux une vie ascétique placée sous l’autorité impitoyable de l’évêque, secondé de sa mère et de sa soeur.

Avec Fanny et Alexandre, dont il existe par ailleurs une version télévisée, Bergman signe sa dernière production pour le cinéma. Il se consacrera ensuite à l’écriture de scénarios, à la télévision et au théâtre. Comme il le dit à un journaliste dans une interview de 1988, « On se dit soudain: il faut arrêter. Je trouve chouette de sombrer pavillon haut. ». Une oeuvre testamentaire, donc, que Bergman envisage comme l’aboutissement de sa carrière.

Un film qui occupe également une place à part dans sa filmographie: fait unique, Bergman y adopte le point de vue de deux enfants. Fanny et Alexandre est d’abord un film sur l’enfance, choyée au début, puis écrasée, niée. Confrontés à la mort et à la rigueur implacable de leur beau-père, Fanny et Alexandre résistent de toutes leurs – menues – forces. Le film a une valeur initiatique: Alexandre surtout traverse les espaces, clos pour la plupart, et va de rencontre en rencontre. Le film est le lieu d’une galerie de portraits pittoresques, qui semblent quelquefois ressortir de l’univers du conte.

D’ailleurs, le monde de l’enfance, même mise à mal et incomprise, est ici avant tout le monde de l’imaginaire, auquel Bergman accorde une grande importance. Dans ce film aux accents oniriques, qui fait la part belle aux visions et autres tours de magie, il nous donne à voir une imagination triomphante. Le réel semble s’essouffler et cède la place au rêve, au féérique. Cet univers est également celui du théâtre, auquel appartiennent les parents des deux enfants, celui de la première partie du film, exubérante et fantasque. Des planches du théâtre de la ville au théâtre-jouet d’Alexandre, le monde de la scène est omniprésent avant d’être évacué, du moins en apparence, lorsque Emelie Ekhdal et ses deux enfants rejoignent l’évêché. Le choc entre les deux univers rejoint une problématique plus large, qui est celle de l’affrontement entre théâtre et religion. Le film fait alors écho à la vie même de Bergman, fils d’un pasteur rigoriste. Le personnage de l’évêque, dans son inhumanité et dans sa froideur – presque dans sa folie, à la fin du film -, introduit par ailleurs une tonalité critique.

Si l’histoire semble focalisée sur les deux enfants, Fanny et Alexandre est également l’exploration des différentes étapes de la vie d’une femme, à travers leur regard. En effet, Bergman met à l’honneur les personnages féminins, de la grand-mère, Helena, pilier de la famille Ekhdal, à la jeune servante Maj, tombée enceinte de l’un des fils Ekhdal et adoptée par la famille, en passant par Emelie, confrontée à la solitude puis engagée dans un second mariage malheureux, et par la très permissive Alma. Les portraits de femme se croisent donc tout au long du film, permettant d’explorer différents rapports au temps, au couple, à la maternité.

Cécile