Canine de Yorgos Lanthimos (mardi 1er novembre 2016, 20h30)

Six ans avant The Lobster, Yorgos Lanthimos recevait le prix Un certain regard à Cannes pour son film Canine.

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Proposition d’analyse

Il y a tout juste un an, Yorgos Lanthimos était révélé au grand public avec The Lobster, drame satirique prenant place dans un monde dystopique où les célibataires se voient forcer de trouver l’amour (sous peine d’être transformer en l’animal de leur choix). Six ans auparavant, Canine recevait le prix Un certain regard au festival de Cannes. On y trouvait déjà ce qui caractérise le style distinctif de Lanthimos : un postulat de base absurde prêtant à sourire, traité avec froideur et réalisme, qui propose finalement des réflexions originales sur de grands thèmes sociétaux (le couple pour The Lobster, la famille pour Canine).

Canine peut se résumer simplement : une famille vit dans une banlieue résidentielle. On ne connaîtra ni le nom des parents, ni celui des enfants. Ces derniers, jeunes adultes, n’ont jamais franchi le portail de leur maison. Leur père leur explique qu’ils pourront quitter le domicile familial lorsqu’ils perdront leurs canines, signe qu’ils auront atteint l’âge adulte.

Dérangeant. Malsain. Ce sont sans doute les deux termes qui reviennent le plus pour qualifier Canine. Sur les raisons qui ont poussé le père a séquestré ses enfants, le mystère restera entier : envie de les protéger ? Besoin de contrôler la cellule familiale dans un monde imprévisible ? Le film se contente de nous montrer, à travers une suite de scénettes sans forcément en lien les unes avec les autres, les enfants, apathiques, évoluer dans l’univers que leur a façonné leur père.

Lanthimos marque les esprits par la violence avec laquelle il remet en question une des valeurs les plus sacrées de notre société : la cellule familiale. Celle-ci est présentée comme un espace totalitaire où le père règne dans un rôle de tyran, la mère est soumise et les enfants sont aliénés. Une mise en scène sobre et intelligente sert le propos de Lanthimos : des plans fixes à l’esthétique anxiogène, des personnages immobiles, désincarnés, instillent un malaise tout le long du film.

L’arrivée de Christina, employée à l’usine dont le père est directeur, va changer la vie des enfants. A travers elle, les enfants s’imaginent un monde extérieur, forcément merveilleux, et entrevoient une possibilité d’émancipation. On est cependant loin de Mary Poppins : Christina est engagée par le père pour assouvir les besoins sexuels du fils, et l’affirmation de l’individualité des enfants passent ici par la violence et la cruauté.

Vincent