Les Combattants de Thomas Cailley

Quinzaine des réalisateurs
Prix Label Europa Cinema, Art Cinema Award et SACD

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Un beau premier film, une comédie revigorante, ça ne se refuse pas.

Moonrise kingdom dans un camp d’été de l’armée de terre, le film met en scène le parcours du combattant de deux jeunes gens qui se préparent à la survie en prévision de la fin du monde.

On admire l’étonnante capacité du cinéaste à transfigurer le réel à partir d’éléments simples : un incendie de forêt offre un décor de film apocalyptique, ouvre une autre dimension.

Les deux héros, rien que par leur façon d’être, interrogent des constructions de genre avec une grande finesse. Madeleine incarne une certaine idée de la masculinité, mais avec toutes les limites qu’elle comporte : impulsivité qui vire à la témérité, indépendance qui frôle l’égoïsme, ténacité qui se confond avec l’obstination.

On n’a donc pas affaire à un personnage caricatural de fille forte sans faille, qui brosserait le portrait de la fille idéale d’aujourd’hui comme celle qui se conformerait à une certaine conception de la masculinité. Ce qui nous ramènerait à une aporie, un autre enfermement.

Arnaud, lui aussi, est un héros tout en nuances, peut-être encore plus subtil. Candide et doux au début de l’intrigue, il fait preuve de plus en plus de force à partir du moment où il abandonne ses propres projets pour imiter celle qui le fascine. L’un sans l’autre, les personnages n’atteignent pas la richesse qui les caractérise ensemble. Comme l’a exprimé Thomas Cailley à l’issue du film, c’est l’histoire de deux personnages qui, à travers leur rencontre, deviennent l’un l’autre. Cette longue transformation opérée tout au long du film vient compliquer les questions de genre en apparence simples qu’il mettait en jeu dès l’introduction.

Un film d’initiation, mais pensé hors du cadre d’une indépendance autarcique, à deux.

Sortie nationale le 20 août 2014.

-Daphné.

Un jeune homme un peu banal, un peu macho, tombe sous le charme très virile d’une jeune femme survivaliste persuadée d’une fin du monde proche et souhaitant s’y préparer un maximum en intégrant le régiment des parachutistes. D’emblée les frontières du genre sont renversées sans qu’il ne s’agisse pourtant du sujet direct du film. C’est véritablement une histoire d’amour qui se construit sous nos yeux, avec sa retenue, sa tendresse et surtout pas de passion enflammée voulant convaincre le public par le seul énoncé de son existence, comme on le retrouve dans trop de films. On voit ici les personnages se rencontrer, se découvrir, apprendre l’un-e de l’autre sans se noyer dans une passion stérile. Sans chercher à définir un nouveau paradigme des genres, le réalisateur Thomas Cailley nous invite à en observer un nouvel équilibre.

Ce film, parfois très drôle, souvent très tendre malgré l’univers militaire qui l’entoure, est une véritable bouffée d’oxygène dans le monde des histoires d’amour invraisemblable auxquelles on cherche à tout prix à pouvoir s’identifier, faut de mieux, sans que jamais les enjeux véritables de la construction d’une relation ne soient montrés.

L.