Analyses

La plupart de nos séances bénéficient d’une analyse faites par l’un ou l’une des membres du club et distribuée en début de séance. Vous pouvez les retrouver ensuite ici !

Le Labyrinthe de Pan de de Guillermo del Toro (mardi 16 janvier, 20h30)

Comme d’habitude, l’entrée coûte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilité d’acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L’entrée est gratuite pour les étudiant.e.s invité.e.s.

Et pour résumer :

Rendez-vous le mardi 16 janvier, 20h30
en salle Dussane, au 45 rue d’Ulm
pour voir et revoir
Le Labyrinthe de Pan
de Guillermo del Toro

Proposition d’analyse

Quel lien pourrait-on établir entre un conte de fée et l’univers dans lequel nous vivons? A première vue, ces deux mondes ne possèdent rien en commun. Dans le premier, le héros affronte généralement de multiples épreuves avant d’atteindre une félicité promise; dans l’autre, le quotidien vécu apparaît beaucoup plus complexe, tantôt heureux tantôt extrêmement cruel. Et pourtant, si on y prête davantage attention, beaucoup de similitudes existent entre ces deux univers. Aussi bien dans les contes qu’au sein du réel, chacun fait face à l’adversité, affronte ce qui lui paraît redoutable mais rencontre également un soutien et des amitiés qui rendent ce parcours moins douloureux et pénible. Ainsi, chacun pourrait se voir comme le héros principal de son univers.

L’originalité du Labyrinthe de Pan par Guillermo del Toro se trouve précisément dans le lien qu’il tisse entre le réel et l’imaginaire et comment ce lien est vécu par un personnage: on suit le parcours de la petite Ofelia, à la jonction de deux histoires différentes et héroïne principale de chacune d’entre elles.

En 1944, afin de traquer les derniers partisans opposants au régime franquiste, un officier de l’armée espagnole, le capitaine Vidal, s’installe avec une escouade dans une forêt du nord du pays. Il est rejoint par sa femme enceinte et Ofelia, fille de cette dernière. L’homme attend la naissance de son enfant tout en s’attelant à réduire, par les moyens les plus brutaux, le résidu de guérilla. Malheureuse au sein de cet environnement, Ofelia découvre, alors qu’elle se promène une nuit hors de la résidence de Vidal, un univers fantastique au coeur d’un labyrinthe de la forêt. Un faune lui apprend alors qu’elle est une princesse qui, pour retrouver son trône, doit accomplir trois épreuves initiatiques qui devront l’amener à accomplir sa destinée.

Ainsi, tout au long du film, réel et fantastique, vont s’entremêler avec fluidité sans pour autant sombrer dans un manichéisme rébarbatif.

D’une part, si le capitaine Vidal est effectivement un personnage d’une rare monstruosité au coeur de l’univers réel, autour de lui gravitent des êtres beaucoup plus humains : On peut citer la mère d’Ofelia, dans une moindre mesure les femmes de cuisine mais surtout Mercedes, soutien des maquisards, ainsi que le médecin séjournant au manoir et aidant secrètement Mercedes.

D’autre part, il est notable que le monde des contes est loin d’être totalement apaisant et dépourvu de violence : féerique et enchanteur au début, il devient par la suite effrayant et cruel. Les épreuves auxquelles est soumise Ofelia ne sont pas dénuées de cruauté, laquelle peut être comparée à celle des franquistes et de leur chef. L’horreur de la quête de la jeune fille culmine lorsque le faune, révélant peut-être sa vraie nature, lui demande un ultime sacrifice pour être sauvée et acceptée au sein du royaume fantastique. A cet instant, Ofelia devra alors décider si par désir personnel elle serait capable de commettre l’irréparable…

Ainsi, construit une mise en parallèle entre deux univers tout aussi riches et fascinants, Le Labyrinthe de Pan est un film bouleversant, rythmé par une musique toujours maîtrisée, et dont l’émotion atteint son apogée à sa conclusion. C’est un film qu’on peut voir et revoir en y découvrant à chaque fois quelque chose d’extraordinaire sous bien des aspects.

L’Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam (mardi 19 décembre 2017, 20h30)

Comme d’habitude, l’entrée coûte 4 euros, 3 pour les membres du COF et vous avez la possibilité d’acheter des cartes de 10 places pour respectivement 30 et 20 euros. L’entrée est gratuite pour les étudiant.e.s invité.e.s.

Et pour résumer :

Rendez-vous le mardi 19 décembre 2017, 20h30
en salle Dussane, au 45 rue d’Ulm
pour voir et revoir
L’Imaginarium du Docteur Parnassus
de Terry Gilliam

Proposition d’analyse

Dans une interview, Terry Gilliam déclare à propose de son film L’Imaginarium du Docteur Parnassus : «In many ways that’s both the most mature thing I have done and the most juvenile thing I have done ». Ce film arrive en effet alors que Terry Gilliam a déjà réalisé un certain nombre de films et est sans doute un de ses plus aboutis. L’Imaginarium du Docteur Parnassus est particulièrement caractéristique du style du Terry Gilliam. On y retrouve son goût pour les objectifs grand angle et pour les plongées et contre-plongées qui participent à la construction d’un monde distordu qui évoque celui des rêves : le film est truffé de perspectives étranges qui font passer les personnages tantôt pour des géants tantôt pour des nains. Ce monde étrange est également construit par les décors et les costumes foisonnants. À ce propos, Christopher Plummer a déclaré qu’il a porté plus de costumes différents lors du tournage de L’Imaginarium du Docteur Parnassus que dans tout le reste de sa carrière et on ne saurait trop conseiller de visionner les essais costumes d’Heath Ledger pour le film. À propos des décors, il est bon de noter que si Terry Gilliam a recours à des images de synthèse, de nombreux décors sont en fait des maquettes (notamment le monastère ou le chemin vers le Parnasse). Ce goût pour les décors participent bien sûr d’une mise en abyme : dès l’ouverture le film revendique l’héritage des attractions de foire. Le film se partage entre les scènes tournées sur fond bleu à Vancouver et les scènes tournées à Londres, dans les rues de laquelle Terry Gilliam fait voyager un étrange chariot qui peut rappeler le vaisseau pirate de l’ouverture du Sens de la vie. Cet attelage atypique et les jeux de caméra mentionnés ci-dessus participent à faire de Londres un lieu aussi inattendu que l’Imaginarium. Comme souvent dans ces films, Terry Gilliam utilise ici les décors et les effets spéciaux non pas pour créer l’illusion de la réalité mais bien pour créer un monde à l’artificialité revendiquée, pour inviter le spectateur à une ballade surréaliste (rappelons que le premier film de Terry Gilliam, Jabberwocky, est l’adaptation d’un poème de Lewis Carroll). À propose des effets spéciaux, on notera le goût de Terry Gilliam pour des trucages souvent « artisanaux » à grand renfort de câbles et de poulies (que l’on retrouve également dans la caravane du Docteur Parnassus) et qui renvoient à un savoir-faire britannique auquel Terry Gilliam a souvent fait recours dans ces films (notamment dans son premier film Time Bandits produit par la société de production HandMade Films). Tous ces choix de mise en scène donnent au film un aspect visuel caractéristique de l’œuvre de Terry Gilliam, empreint d’une matérialité souvent absente des films aux effets spéciaux plus « sophistiqués ». Ce film renvoie à la dimension physique du cinéma et à sa parenté avec l’illusionnisme (rappelons que Méliès était à l’origine magicien).

Mais le travail sur l’aspect visuel du film ne peut être séparé de la narration. Notons que L’Imaginarium du Docteur Parnassus est le deuxième film dont Terry Gilliam écrit le scénario avec Charles McKeown (le précédent était Les aventures du Baron de Munchausen). Encore une fois, Terry Gilliam nous révèle son projet à travers une métaphore : il s’agit tout simplement de raconter une histoire, ou, plutôt, des histoires. En effet, de nombreux éléments se rencontrent et font écho à l’aspect baroque du film. L’intrigue est bien sûr fortement symbolique, à la manière d’un conte. Pourtant, la révélation du Docteur Parnassus lors de la scène du monastère semble indiquer que celui-ci a conscience du caractère métaphorique de l’histoire dont il est le protagoniste. Si on pourrait aisément voir dans L’Imaginarium du Docteur Parnassus un film manichéen, cela serait ignorer la façon dont Terry Gilliam joue avec les représentations du bien et du mal. Le Docteur Parnassus est présenté comme une sorte de Faust plus motivé par l’amour du jeu et son bien-être personnel que par la connaissance ou le sort du monde. En effet, il ne fait pas des pactes avec le diable mais des paris, le combat entre le bien et le mal est ici vécue sur le mode du jeu et ne semble pas recouvrir d’enjeu majeur. À travers le personnage de Tony, le film questionne de manière assez grinçante les représentations contemporaines de la vertu (comme il en questionne les représentations traditionnelles à travers le personnage de Parnassus). Ainsi, les différents choix qui jalonnent le film interrogent cette dichotomie entre le bien et le mal qui semble naturelle au début du film : elle apparaît empreinte d’une conception très judéo-chrétienne de la pureté et marquée par une certaine hypocrisie.

Le Docteur Parnassus a souvent été présenté comme un double du réalisateur, notamment à travers l’importance qu’il porte au fait de raconter les histoires et à son goût pour une narration qui peut sembler désuète. Il est par ailleurs facile de faire un parallèle entre les difficultés de Parnassus et celles auxquelles Terry Gilliam est habituées lors de la réalisation de ces films (Les aventures du Baron de Munchausen, Les Frères Grimm, The man who killed Don Quixote). L’Imaginarium du Docteur Parnassus ne fait d’ailleurs pas exception puisque l’acteur Heath Ledger, interprétant le personnage de Tony, est mort avant la fin du tournage. Les scènes se déroulant dans le « monde réel » à Londres avaient déjà été tournées mais pas les scènes sur fond bleu (les scènes dans l’Imaginarium). C’est grâce aux acteurs Johnny Depp (ami de Terry Gilliam), Jude Law (qui avait également été pressenti pour le rôle de Tony) et Colin Farell (proposé par la directrice de casting) qui ont accepté de jouer chacun une partie du rôle d’Heath Ledger que le film a pu être terminé dans une version remaniée pour intégrer cette distribution atypique.

Pour toute ces raisons, le film L’Imaginarium du Docteur Parnassus est un film exceptionnellement riche, à l’image de l’œuvre atypique de Terry Gilliam.